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Sa vie
Le 29 novembre 1890, naissait à Decize (Nièvre) Maurice Genevoix. Son père,
Gabriel Genevoix, fils et petit-fils de pharmaciens parisiens et second d'une
famille de six enfants, avait épousé une jeune fille de Châteauneuf-sur-Loire,
Camille Balichon.
L'enfance
C'est donc Châteauneuf-sur-Loire qui est le cadre de l'enfance de Maurice
Genevoix. Avec son frère, René, né en 1893, ils fréquenteront "I'Asile",
c'est-à-dire l'école maternelle où le jeune Maurice entre à l'âge de 22 mois,
puis " la grande école ", la communale.
De ces premières années "d'apprentissage", Maurice Genevoix écrira dans Jeux de
glaces "Je tiens, et plus que jamais, pour un privilège d'avoir, futur écrivain,
passé toute mon enfance dans une petite ville française d'avant 1914. "
Cette enfance avec ses jeux, ses découvertes, ses "confrontations", Maurice
Genevoix l'évoquera plus longuement dans Au cadran de mon clocher.
Très tôt, dès ses premières années, Maurice Genevoix rencontre la mort et en est
durablement marqué.
Celle des animaux d'abord : du boeuf que le boucher abat devant lui, celle d'un
petit chevreau blanc, celle du cheval César.
La mort de plusieurs de ses proches, en la même année 1897 : son grand-père le
Docteur Brunet à Châteauneuf. Puis c'est le 14 mars 1903, la mort de sa mère qui
succombe des suites d'une grossesse difficile.
Les études à Orléans
A cette époque, Maurice Genevoix a 12 ans. Il est interne au Iycée d'Orléans où
il est entré en 1901. De l'élève Maurice Genevoix, I'écrivain avoue plus tard
qu'il fut à la fois "gamin insupportable et excellent élève". Mais quelles sont
les lectures de jeunesse de Maurice Genevoix ? Au temps de la "communale", il
avait découvert Jules Verne qui l'avait "ennuyé", la Comtesse de Ségur qu'il
avait trouvée "bêtifiante " et Hector Malot dont le Sans famille lui avait "
fait tourner la cervelle ".
Au Iycée, ce furent Elie Berthet puis London, Kipling et, vers 1902-1903, tous
les romans de Daudet et de Balzac.
Le lycéen Maurice Genevoix dessinait beaucoup et recopiait " tout ce qui lui
tombait sous la main " : Jean Goujon, Detaille, Roybet, etc. Quelques séances
d'art dramatique animées par les professeurs du Iycée et les cours de danse du
jeudi, complètent, avec la pêche aux ablettes, la liste de ses "curiosités "
d'adolescent.
L'Ecole Normale Supérieure
Maurice Genevoix prépare donc l'entrée à l'Ecole Normale Supérieure au Iycée
Lakanal de 1908 à 1911, sa première année de lettres supérieures ayant été
compromise par la scarlatine.
En 1911, il est admis rue d'Ulm et décide, avant d'entreprendre ses études de
normalien d'effectuer une des deux années de service militaire, comme le
permettait alors le statut particulier des jeunes Français admis aux Grandes
Ecoles.
Il est affecté à Bordeaux, au 144e Régiment d'infanterie. De 1912 à 1914,
Maurice Genevoix est élève de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm. En
1914, "cacique " de sa promotion, Maurice Genevoix présente son Diplôme d'études
supérieures sur "Le Réalisme des romans de Maupassant ".
En 1914, il restait à Maurice Genevoix un an à effectuer à l'Ecole pour passer
l'agrégation et commencer une carrière d'enseignant qu'il avait l'intention
d'effectuer en détachement auprès d'universités étrangères.
La guerre de 1914-1918
Mais le 2 août 1914, la mobilisation générale est décrétée. Maurice Genevoix
rejoint, alors le 106e Régiment d'infanterie, comme sous-lieutenant. Il
participe à la bataille de la Marne et à la Marche sur Verdun. Le 24 septembre,
il voit pour la première fois la mort de près : une balle qui l'atteint au
ventre est heureusement déviée par un bouton de sa capote. De février à avril
1915, le 106e, fixé depuis 4 mois aux Eparges, participe à l'attaque de la
Butte. Le 24 avril, le bataillon de Maurice Genevoix est alerté et envoyé vers
le sud de la " tranchée de Calonne ", route forestière stratégique qui longe la
ligne des Hauts de Meuse. Le 25 avril, Maurice Genevoix est atteint de trois
balles et évacué à l'hôpital de Verdun puis Vittel, Dijon et Bourges. Après sept
mois de soins, il rentre à Châteauneuf-sur-Loire, réformé à 70 % d'invalidité.
C'est pour Maurice Genevoix l'heure d'un "nouveau devoir", celui de témoigner,
pour ses camarades, ceux qui survivent, ceux qui devaient mourir. Au mois d'août
1916, Maurice Genevoix retourne à Paris où il se met au service de la Fraternité
franco-américaine (Fatherless Children of France). A l'invitation de Paul Dupuy,
il occupe une chambre sous les toits à l'Ecole Normale Supérieure (de septembre
1916 à janvier 1919).
Les débuts d'une carrière littéraire
En effet, dès le mois de septembre, il avait rendu visite au secrétaire général
de la rue d'Ulm. Celui-ci avait échangé avec Maurice Genevoix et de nombreux
Normaliens au front, une correspondance régulière.
Maurice Genevoix lui remit ses Carnets de guerre sur lesquels il avait transcrit
parfois longuement, parfois en quelques notes hâtives, les faits, les événements
quotidiens de la vie sur le front. Paul Dupuy les avait communiqués à son ami
Bréton, administrateur chez Hachette.
Par son intermédiaire, Genevoix se vit proposer un contrat pour un livre qu'il
écrivit en quelques semaines et qui parut en mai 1916 sous le titre Sous Verdun,
préfacé par Ernest Lavisse. Le livre fut largement censuré.En 1919, après une
grippe espagnole, Maurice Genevoix doit quitter Paris, sur les conseils de son
médecin, le Professeur Rist.
C'est alors le retour à Châteauneuf qu'il ne quittera qu'en 1928 pour
s'installer aux Vernelles. Genevoix décide de s'essayer au roman. Roman de
guerre, Jeanne Robelin paraît en 1920.
Il retourne à son journal de guerre et écrit La Boue (1921) puis Les Eparges
(1923). Entre les deux derniers récits de ce qui deviendra Ceux de 14, Genevoix
était retourné au roman : Rémi des Rauches parut en 1922.
Après Les Eparges, dernier tome de Ceux de 14, Maurice Genevoix livre trois
romans : La joie , Vaincre à Olympie en 1924, Rabiolot en 1925.
Raboliot, Prix Goncourt 1925
Avec Raboliot, Genevoix avait décidé de consacrer un roman à la Sologne. Il
I'aimait, la connaissait, mais il jugea nécessaire de s'installer quelques mois
à Brinon-sur- Sauldre pour se pénétrer plus encore de son atmosphère.
On connaît la fortune littéraire et la célébrité du roman. Le monde des lettre
d'abord couronna Raboliot et sans doute l'auteur des livres précédents en lui
décernant le Prix Goncourt .
Les deux livres suivants de Maurice Genevoix : La boîte à pêche (1926) et Les
Mains vides (1928). Le public de son côté reconnut dans Raboliot un grand roman
et la critique, après avoir fait de Maurice Genevoix un " écrivain de guerre ",
vit en lui un "romancier régionaliste ".
Le Val de Loire, la Sologne
"On est toujours, à quelque titre, régionaliste. Je l'ai été, le suis encore et
Dieu merci. C'est nourrir ce que j'ai écrit, ce que j'écris, d'une réalité
vivante, d'une substance chaude, charnelle, de tout ce qui m'a fait ce que je
suis et non un autre, jusque dans ma façon de vivre et de participer, de me
mêler aux hommes et de leur ressembler ", écrit Genevoix dans Jeux de glaces. En
ces années 1925, 1926, 1927, le succès, loin d'éloigner Maurice Genevoix de sa
terre natale, lui permet de jeter son ancre au bord de la Loire dans une maison
à sa fantaisie.
Il la trouve un jour de 1927, au hasard d'une promenade à Saint-
Denis-de-l'Hôtel, petite maison paysanne, " abandonnée des hommes mais peuplée
d'oiseaux et de plantes qui s'y épanouissaient en liberté ". Ce sont les
Vernelles.
Les romans-poèmes
Après le décès de son père qui succombe à une brève pneumonie, en juillet 1928,
Maurice Genevoix décide de passer la fin de l'été aux Vernelles. Il y séjourne
avec Angèle qui était au service de la famille Genevoix depuis 1898.
L'univers poétique de Maurice Genevoix s'anime de rencontres, de complicités
fortuites et essentielles, élémentaires si l'on veut, entre les règnes humain,
animal et végétal qui participent, chacun selon ses propres règles, à la
création. La nature, la vie, la mort dépassent les accidents particuliers de nos
destinées :" Même si cet univers est fini, il est, dans les limites de l'espace
et du temps, inépuisable.
Et la conscience que j'ai de lui, que m'en donne mon corps vivant m'immortalise
à son image " déclare Fernand d'Aubel, le héros de Un jour (1976). Romans-poèmes
encore Forêt voisine (1933), La Dernière horde (1938), Routes de l'aventure
(1959) et surtout Les Bestiaires (Tendre bestiaire, Bestiaire enchanté en 1969,
Bestiaire sans oubli en 1971) écrits en grande partie aux Vernelles.
Deux mois plus tard, Maurice Genevoix quitte les Vernelles et part pour un
voyage de plusieurs mois au Canada.
Il puisera dans cette rencontre avec le Nord américain, matière à plusieurs
livres : deux romans Laframboise et Bellehumeur (1942) et Eva Charlebois (1944),
un récit de voyages : Canada (1943). Mais le Canada est encore présent dans
Routes de l'aventure (1959) dans Les Bestiaires et au fil des contes pour
enfants, dans L'Hirondelle qui fit le printemps (1941) avec l'histoire de Baby
bear, dans L'Ecureuil du Bois-Bourru (1947), avec celle de Pok le cireur.
En 1940, Maurice Genevoix quitte la zone occupée et ne retrouvera les Vernelles
qu'en 1943, après avoir vécu pendant deux ans dans un village du causse
aveyronnais. Il travaille alors à la rédaction de Sanglar qui paraîtra en 1946.
C'est en zone libre qu'il rencontra Suzanne Neyrolles, veuve d'un ingénieur et
mère d'une fillette, Françoise. Ils se marièrent en 1943. La zone sud étant
passée sous le contrôle des Allemands, Maurice et Suzanne Genevoix décidèrent de
partir pour la maison des Vernelles qu'ils trouvèrent dévastée et dans un tel
état de désolation que Genevoix pensa un moment la vendre. Il eut la joie d'y
voir naître leur fille, Sylvie, le 1 7 mai 1 944.
L'Académie française
En 1946 Maurice Genevoix fut élu à l'Académie française, au fauteuil de Joseph
Pesquidoux. Il y fut reçu le 1er novembre 1947 par André Chaumeix. Le 25 juin
1953, conformément au règlement de l'Académie, il accueillit le Maréchal Juin
sous la coupole. En 1954, Maurice Genevoix publie une étude sur Vlaminck.
Mais en octobre 1958, I'Académie française le requiert : succédant à Georges
Lecomte qui le lui avait demandé, il devient Secrétaire perpétuel, fonction
qu'il occupera jusqu'en 1974.
Pendant son perpétualat, Maurice Genevoix eut à coeur d'encourager les
candidatures d'écrivains comme Montherlant, Julien Green, Paul Morand. Il
regretta d'avoir échoué auprès de Julien Gracq et d'André Malraux.
Donnant une nouvelle vitalité aux rencontres entre les jeunes écrivains, les
éditeurs et les critiques littéraires, participant à de nombreuses émissions de
radio et de télévision, il s'attacha à mieux faire connaître au public
l'Académie française.
L'écrivain, l'humaniste et le public
Que le secrétariat perpétuel lui laissât peu de temps pour écrire, c'est une
évidence. Aussi Maurice Genevois retrouvait-il les Vernelles pour " les jours de
(son) travail personnel ".
Pendant ces seize années, il dut souvent limiter sa création à des oeuvres plus
courtes : contes et récits pour enfants (Le Roman de Renard, 1958, Mon ami
l'écureuil 1959, Les deux lutins, 1961), nouvelles (Beau François, 1965), écrits
autobiographiques (Au cadran de mon clocher 1960 et Jeux de glaces 1961).
Et comme contraint à l'essentiel, à la poésie qui habite son port d'attache,
Maurice Genevoix retrouve les mythes qui animent sa création, le fleuve (La
Loire, Agnès et les garçons 1962), la forêt (La Forêt perdue 1967) et surtout
l'univers de signes où "les symboles et les correspondances sont la seule
réalité " (Les Bestiaires, 1969 - 1971).
Un jour parut en 1976. Roman, mais surtout écrit philosophique, Un jour connut
un vif succès et permit à Maurice Genevoix de retrouver ses lecteurs fidèles.
Le grand public redécouvre alors l'écrivain, le flâneur de Loire, le témoin de
son siècle le philosophe et " dévore " Trente mille jours. Trente mille jours,
son dernier ouvrage, paraît en 1980, trente mille jours de souvenirs depuis son
enfance à Châteauneuf-sur-Loire.
Enfin, c'est tout à la fois l'orphelin de douze ans, le soldat mutilé, le
compagnon de Porchon, I'ami de Paul Dupuy et le confident d'Angèle, celui des
académiciens et des bûcherons, qui écrit :
"Heureusement la mémoire trie. Elle sait les morts auxquels elle s'appuie, elle
vit d'eux comme des autres vivants. Il n'y a pas de mort. Je peux fermer les
yeux, j'aurai mon paradis dans les coeurs qui se souviendront "
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